Bonheur du jour

Broderie… en littérature

Madame de Sévigné a su nous charmer avec ses lettres et ses récits précis de la vie de la cour. Elle nous parle souvent de mode, et voici une lettre qui dévoile ces richesses et tout l’apparat  du 17° siècle (SÉVIGNÉ Mme de, Correspondance : t. 2 : 1675-1680, 1680, p. 442; 1676). Rêvons au fil de l’aiguille…

…:/…Vendredi, à Paris.
M’ y voici donc arrivée. J’ ai dîné chez cette bonne Bagnols ; j’ ai trouvé Mme De Coulanges dans cette chambre belle et brillante du soleil, où je vous ai tant vue, quasi aussi brillante que lui. Cette pauvre convalescente m’ a reçue agréablement. Elle vous veut écrire deux mots ; c’est peut-être quelque nouvelle de l’ autre monde que vous serez bien aise de savoir. Elle m’ a conté les transparents. Avez-vous ouï parler des transparents ? Ce sont des habits entiers des plus beaux brocarts d’ or et d’ azur qu’ on puisse voir, et par-dessus, des robes noires transparentes, ou de belle dentelle d’ Angleterre, ou de chenilles veloutées sur un tissu, comme ces dentelles d’ hiver que vous avez vues ; cela compose un transparent, qui est un habit noir, et un habit tout d’ or, ou d’ argent, ou de couleur, comme on veut. Et voilà la mode. C’est avec cela qu’ on fit un bal le jour de Saint Hubert, qui dura une demi-heure ; personne n’ y voulut danser. Le roi y poussa Mme D’Heudicourt à vive force. Elle obéit, mais le combat finit faute de combattants .
Les beaux justaucorps en broderie destinés pour Villers-Cotterets servent le soir aux promenades, et ont servi à la Saint-Hubert. Monsieur le prince a mandé de Chantilly aux dames que leurs transparents seraient mille fois plus beaux si elles voulaient les mettre à cru sur leurs belles peaux ; je doute qu’ ils fussent mieux. Les Grancey et les Monaco n’ ont point été de ces plaisirs, à cause que cette dernière est malade, et que la mère des anges a été à l’ agonie. On dit que la marquise de La Ferté y est, depuis dimanche, d’ un travail affreux qui ne finit point, et où Boucher perd son latin.
M De Langlée a donné à Mme De Montespan une robe d’ or sur or, rebrodé d’ or, rebordé d’ or, et par-dessus un or frisé, rebroché d’ un or mêlé avec un certain or, qui fait la plus divine étoffe qui ait jamais été imaginée. Ce sont les fées qui ont fait en secret cet ouvrage ; âme vivante n’ en avait connaissance. …/…

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